vendredi 26 mai 2017

Emmène-moi

Côte Amalfitaine, Italie


Se relier à la terre. Se fondre dans la nature. Renouer avec le grand tout. Retrouver son souffle, le calme et la sérénité. Ralentir le rythme.

Pénétrer dans les forêts, parcourir les sentiers, gravir les montagnes pour avoir le plaisir de redescendre. Réenchanter son existence, s’immerger dans les sons et dans les nappes d’odeurs. Sentir le pouls de la terre quand le chemin se confronte soudainement à une rivière bondissante et tremper ses mains dans l’eau. Toucher l’épaisseur magique des bois en caressant l’écorce rugueuse des arbres. Admirer les ombres du soir descendre sur les montagnes et éprouver la texture grandiose du crépuscule coloriant de feu les sommets altiers. Ecouter les sonnailles du troupeau qui rentre tranquillement à l’étable encadré par le grand chien blanc. Saisir les gouttes de pluie crépitant furieusement pendant les orages. Glisser sur les arcs-en-ciel, sourire aux stridulations des criquets et ramasser des pommes de pin. 

Chanter avec les oiseaux et siffler comme les marmottes joueuses. Gambader comme le bouquetin et voleter entre les fleurs multicolores comme le gai papillon. Plonger dans les flots bleus tels le dauphin et accompagner les bateaux en veillant sur eux. 
Marcher m’enracine au sol, chaque pas m’inscrit dans l’espace. Et le murmure du vent dans les feuilles efface ce qui pèse sur mon coeur. 

En ces temps mouvementés, je souhaite ardemment retourner là-haut et me rapprocher des cieux afin d’échapper aux turpitudes terrestres et cela même si mon corps est fatigué. 

Prends-moi la main et ramène-moi dans ce monde de beautés simples. Et marchons ensemble vers nous-mêmes.



Alpes valaisannes, Suisse

Dédé © Mai 2017

vendredi 19 mai 2017

Rêve italien

Ravello, Côte Amalfitaine, Italie


Laisse-moi te raconter l’Italie, ses monuments si beaux qui traversent les temps, ses ruelles étroites où les vêtements sèchent au soleil à toutes les fenêtres, ses côtes altières où les montagnes se marient avec les flots bleus, ses citronniers chargés de fruits lumineux et ses tomates si juteuses qu’on dirait qu’elles ont poussé au paradis. Laisse-moi te conter le bruit de la mer, le soleil généreux qui, dès le printemps revenu, inonde la terre de ses chauds rayons amoureux et les éclats de rire des vieux qui jacassent à l’ombre des clochers. Laisse-moi te verser ces vins si capiteux qui embrouilleront ton esprit d’une douce langueur et faire fondre sur ta langue ces fruits gorgés de lumière. Laisse-moi te dépeindre le faste des palais baroques surplombant l’infini et les jardins suspendus au-dessus des falaises dans lesquelles virevoltent les fleurs et où ploient légèrement les arbres sous la tendre caresse du vent. 

Laisse-moi te décrire cette douceur italienne en te prenant la main, en écrivant des arcs de feux sur ton corps, en captant la lumière de tes yeux entre mes doigts impatients. Laisse-moi t’aimer en italien, dans cette chambre qui donne sur la mer et devant laquelle les mouettes tournoient majestueusement dans les volutes du soir. 

Tu es mon point d’ancrage et moi ta permanence. Ton monde envahit le mien et nous créerons un univers magique qui n’appartiendra qu’à nous deux. 

Il neigera en été, de doux flocons qui nous rafraîchiront un court instant quand la chaleur sera trop intense. Les temples secrets ouvriront leurs portails massifs et nous nous y cacherons pour investir de notre ardeur toutes les alcôves. Les oiseaux chanteront des symphonies classiques que nous reprendrons en riant tous les petits matins. Et sous chacun de nos pas jailliront des fleurs multicolores qui éclaireront tous les chemins empruntés. Les arcs-en-ciel seront immenses après les orages qui désaltéreront les corps après nos nuits torrides et les étoiles du ciel brilleront comme des rubis que tu déposeras en couronne sur mes cheveux. 

Mon amour, laisse-moi donner vie à tous nos rêves plutôt que de passer notre vie à rêver.  



Ravello, Côte Amalfitaine, Italie
Dédé © Mai 2017

vendredi 12 mai 2017

Larguer les amarres

Positano, Côte Amalfitaine, Italie

Je suis partie là où le soleil brille intensément, où la mer est si bleue qu’on aimerait la saisir et la glisser dans ses poches pour la faire glisser de temps en temps entre les doigts et se rappeler son infini et le roulis de ses vagues. 

Je suis partie là où les montagnes se jettent dans l’eau turquoise et où les villages colorés se languissent sous les doux rayons printaniers de l’astre du jour. 

Je suis partie là où les citronniers sont chargés de fruits jaunes et lumineux à cette saison et où les vignes grandissent lentement à l’abri des falaises. 

Je suis partie là où les ruelles sont si pentues que les vieux s’accrochent aux barrières pour rentrer péniblement chez eux, le sourire aux lèvres car même vivants, ils sont tout près des cieux.  

Je suis partie là où les églises se lovent dans les petits villages, lézardées de tous côtés mais si vivantes et bruissantes de la ferveur des fidèles. 

Alors pendant quelques jours, vivre en repoussant les angoisses, simplement humer l’air du large, la fragrance du jasmin et la douce senteur des premières roses qui éclosent dans les jardins suspendus. Écouter les rires des hommes, le bourdonnement des villages célébrant l’astre couchant, le chant des citrons joyeux et se perdre dans l’éclat de tes yeux qui changent au gré des valses de la lumière.  

Et revenir ensuite car le quotidien, c’est ici et non là-bas. Et se rendre compte au retour, avec une acuité bouleversante, que la vie qui passe a déposé en nous des visages, des sensations, des rires et des larmes, des soupirs, des idées qu’on avait oubliées et qui réapparaissent, jaillissant soudainement, comme la lave d’un volcan trop longtemps contenue. Et éprouver tout cela pour saisir finalement qu’il y a quelque chose qui vit là, au fond de nous, et qui nous change, imperceptiblement, au fil du temps.  

Mais alors, comment est-il possible de continuer avec tout cela, avec tous ces mots et ces événements vécus qui finissent par nous lester lourdement ?

Peut-être est-ce cela la sagesse, comprendre cet agglomérat de tout, les sentiers parcourus, les déserts traversés, eux, toi, moi et nous, et en faire quelque chose pour avancer et se détacher progressivement de ce qui pèse et fait mal au fond de nos existences.  

Se souvenir alors de cette douce lumière du soir qui tombait sur la terrasse et de ta main qui cherchait la mienne, comme si nous étions seuls sur un océan de bonheur, sans aucun écueil et aucune déferlante. Et espérer que ce même soleil se couchera sur nos montagnes ici et que nous serons deux à les contempler, enfin sereins et débarrassés des turpitudes terrestres.


Côte Amalfitaine, Italie
Dédé © Mai 2017