vendredi 11 mai 2018

Bleu marin



Mon voyage commence là où les bateaux ne navigueront jamais et les vagues légères me conduisent à des rivages inconnus sur lesquels je m’échoue. 

Tu murmures quelque chose à mon oreille, des mots si doux que je me noie dans ton regard. Ta main saisit la mienne et tu m’enlaces tendrement sur la grève déserte qui n’appartient qu’à nous. Peignant d’amour ce paysage maritime, nous ne faisons plus qu’un sur la plage et dans une gerbe d’écume, nous voguons sur une vague erratique. Tumultueuse, notre traversée nous transporte aux confins du temps. 


Nous rejoindrons alors le monde des hommes, heureux, avec au creux de nos mains, un bleu marin éternel.  

Dédé © Mai 2018

vendredi 27 avril 2018

Reflets





Dans le lac limpide
Les sommets fondent gaiement
Reflets printaniers

Dédé © Avril 2018

vendredi 13 avril 2018

Histoire de vie / histoire de vivre

Arrivée au sommet, Massif du Mont Blanc


Un jour, vous vous levez. Comme tous les autres jours, sans soupçonner un seul instant ce qui va se passer. Arrivé au travail, vous savez que la journée sera difficile, comme l’ont été les dernières semaines, voire les derniers mois. Votre corps vous avait déjà donné un signal très fort en mai, fatigué et meurtri par une infection qui vous a laissé sans force pendant des jours et a rendu vos nuits cauchemardesques à cause de la douleur.
 
Vous franchissez la porte du bureau et vous vous attelez au travail accumulé qui vous attend. La matinée se déroule puis un repas de midi, votre dernier repas dans cette cafétéria mais cela, vous ne le savez pas encore. A 14h00, le téléphone sonne et une voix vous ordonne froidement de vous rendre dans le grand bureau, celui où toutes les décisions sont prises et en cinq minutes, votre destin bascule. On vous somme de quitter sur le champ votre place de travail sans fournir plus d’explications et sans vous donner la possibilité de vous défendre, droit le plus élémentaire pourtant. Sous bonne escorte, vous êtes bousculé dans l’escalier pour atteindre plus vite la porte de sortie. Vous quittez le bâtiment les jambes flageolantes, sans avoir eu le temps de saluer certains de vos collègues. Vous faites encore bonne figure jusqu’au coin de la rue où là, vous vous effondrez.
 
Les jours qui suivent sont sans saveur. Vous errez sans but, le cœur exsangue et les crises de larmes se succèdent. Vous n’êtes plus vous-même, n’osant plus sortir et les questions se multiplient dans votre tête. Toutes les nuits sont peuplées d’insomnies qui dureront trois mois et demi et seules deux nuits durant cette période vous permettront un repos sans réveil intempestif.
 
Puis la rage vous envahit. La confiance que vous aviez envers certaines personnes s’effondre et la vérité ignoble se fait peu à peu jour dans votre esprit. Vous avez été victime d’une machination qu’il va falloir contrer. Ainsi au fil des jours, votre détermination à rétablir la vérité se renforce, peu à peu. La résistance s’organise, les plus fidèles compagnons répondent présents alors que d’autres s’éloignent, trop peureux. Heureusement, les proches vous soutiennent. Dans votre esprit, vous savez qu’il faut un changement et cela passera déjà par votre lieu d’habitation.
 
Partir de ce lieu et retourner aux racines. Revoir enfin de près les montagnes, loin de ce carnage professionnel et mettre de la distance avec ce qui a fait tellement de mal. Epuisé alors par les insomnies et le combat qu’il faut commencer à mener, vous remplissez pourtant des cartons, comme un automate. Le tri se fait dans votre vie et allège quelque peu le lourd quotidien.
 
Quittant la ville dans laquelle vous aviez tissé de si nombreux souvenirs, vous lancez un dernier regard à votre quartier, les larmes aux yeux car une page se tourne et vous ne savez encore pas de quoi demain sera fait.
 
Arrivé dans votre nouveau lieu de vie, vous n’avez aucun repère, si ce n’est cette barrière de montagnes que vous contemplez tous les matins et ce cœur aimant qui vous soutient, indéfectiblement. La vie s’organise lentement. Malgré toute la colère tapie au fond de vous, les beautés de la nature vous apaisent quelque peu et les obstacles semblent un peu moins difficiles à franchir. Mais les angoisses sont latentes, vous empêchant parfois de respirer. Certaines journées, pourtant éclairées des beautés automnales, vous laissent pantelant et amer.  
 
Petit à petit, vous décidez de vous écouter, de vous connecter à nouveau à votre corps et à vos émotions, ce que vous aviez oublié de faire durant ces derniers mois de travail acharné et dans cette ambiance si maltraitante.  Au fil des jours, les feuilles des arbres jaunissent et tombent à terre et vous-même, vous vous dépouillez un peu de ce qui fait si mal. Puis l’hiver s’installe lentement, déployant son manteau blanc durant presque cinq mois. De petits oiseaux viennent vous rendre visite dans la mangeoire installée sur le balcon et vous les observez, émerveillés de leur fragilité pourtant si forte.
 
Durant ce long hiver, l’introspection permet d’analyser et de prendre des décisions. La résistance s’organise mais aussi l’attente interminable car la justice n’est pas pressée et surtout la partie adverse joue avec vos nerfs en reportant sans cesse les délais, comme si elle craignait que la vérité n’éclate enfin.
 
Peu à peu, la neige au-dehors fond et c’est aussi une sorte de dégel pour vous. Vous rencontrez d’autres personnes qui ont vécu elles-aussi l’enfer professionnel et ces échanges vous rendent plus fort et surtout conscient de vos capacités et de vos ressources. Vous relevez la tête et sortez peu à peu de vous-même pour vous reconnecter au monde extérieur. Vos yeux s’émerveillent toujours des beautés de la nature. Ecouter le pépiement d’une mésange, contempler les levers du soleil sur la chaîne de montagnes en face, compter les flocons des giboulées de mars vous émeuvent mais vous sentez que quelque chose de neuf frétille, là, au fond de vous.
 
Même si l’hiver paraît sans fin à cette altitude, vous entrevoyez un printemps, certes timide, qui éclot dans le regard pétillant de la mésange noire chantonnant devant votre fenêtre. Et en l’espace d’une semaine, tout bascule. On a cru en vous et vous allez pouvoir remettre le pied dans le monde professionnel pour relever de nouveaux défis. Et votre cœur explose de joie et de reconnaissance, de fierté aussi.
 
Le combat sera encore long pour obtenir réparation et faire toute la lumière sur une affaire qui comporte tant de zones d’ombre. Mais quelqu’un a dit de vous dernièrement que vous étiez courageux. Ce compliment prend aujourd’hui tout son sens. En effet, que de souffrances subies, que de déception face aux mensonges et à la malhonnêté de certains  mais aussi quelle détermination pour surmonter la douloureuse épreuve.  Dans la mélodie du merle qui surgit dans le jour finissant de ce début avril, vous reconnaissez le chant de l’espoir, envers et contre tout. Et le soleil rougeoyant qui caresse le sommet des montagnes vous murmure que vous êtes aussi fort qu’elles, là, tout au fond de vous.
 
Merci d'avoir été là et de l'être encore. 

P.S. Comme vous l'aurez compris, je vais être moins présente sur la blogosphère mais je viendrai vous voir dès que le temps se présentera et que je pourrai m'organiser. Afin de continuer à me suivre et être au courant de mes publications, je vous invite à passer par l'inscription à la newsletter sur la droite de mon blog ("follow by email").  A bientôt!



Dédé © Avril 2018

vendredi 6 avril 2018

L'essentiel




Entre deux averses orageuses, la mer s’étire jusqu’à toucher le ciel et se confondre avec l’infini. Elle n’a pas besoin de barrières, voguant libre et majestueuse à la surface de la terre. Même les barques des pêcheurs, qui reprendront leur ronde au retour du soleil, ne briseront pas l’immensité bleutée.

Aucune colère du ciel ne ternit sa surface limpide, ce miroir qui fait disparaître toute poussière. Dans ce calme au gré du vent, des vagues, de l’ombre et de la lumière, je navigue sans crainte vers l’essentiel et nous nous rejoignons dans l’écume de nos deux corps enlacés. 

Dédé © Avril 2018